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Conception de l’éclairage intérieur : comment relier et différencier les espaces ouverts

Lorsque le salon, la salle à manger et la cuisine partagent un même espace ouvert, l’éclairage doit répondre à deux objectifs apparemment opposés : maintenir la continuité de l’ensemble tout en permettant à chaque zone de conserver sa propre identité.

La solution ne consiste pas à répartir les luminaires de manière uniforme. Une bonne conception de l’éclairage intérieur part de la distribution, du mobilier et des perspectives afin de déterminer où concentrer l’attention, quelles zones nécessitent une présence lumineuse plus discrète et comment chaque luminaire sera perçu depuis les espaces voisins.

Une suspension au-dessus de la table peut rendre la salle à manger immédiatement identifiable. Une lumière plus proche et plus contenue peut créer une atmosphère plus intime dans le salon. Dans la cuisine, en revanche, la précision de l’éclairage sur les plans de travail prend généralement plus d’importance. Ces trois décisions doivent fonctionner séparément, mais également former un ensemble cohérent lorsqu’on les observe depuis l’entrée, le canapé ou la cuisine.

Lire la distribution depuis les différents points de vue de l’habitant

Dans un espace ouvert, il est préférable d’étudier d’abord la pièce sans penser immédiatement à des modèles précis de luminaires.

L’entrée offre une première lecture globale. Depuis ce point, l’îlot de cuisine, la table et le canapé peuvent se trouver dans un même axe visuel. Toute suspension devient alors un élément de la composition générale. Un luminaire parfaitement adapté au-dessus d’une table lorsqu’il est observé de près peut devenir excessif s’il entre en concurrence avec une autre suspension placée quelques mètres plus loin.

Le canapé constitue un autre point de vue essentiel. Une source lumineuse qui fonctionne correctement au-dessus d’un plan de travail ou d’une table peut entrer directement dans le champ visuel d’une personne assise. La hauteur d’installation, l’orientation de la lumière et la maîtrise de l’éblouissement deviennent alors aussi importantes que l’apparence du luminaire.

Depuis la cuisine, la perspective change à nouveau. L’éclairage de la salle à manger devient un élément d’arrière-plan et le salon s’intègre dans une scène plus large. Étudier ces relations en plan et en coupe permet d’éviter une succession de décisions indépendantes.

Le mobilier joue également un rôle essentiel. Dans un espace ouvert, centrer une lampe par rapport à la pièce peut avoir moins de sens que l’aligner avec une table, un îlot, un meuble longitudinal ou l’axe principal de circulation.

Délimiter les espaces avec la lumière sans construire de cloisons

Un intérieur ouvert n’a pas besoin de recevoir le même traitement lumineux sur toute sa surface. C’est précisément parce qu’il n’existe pas de murs entre les différentes fonctions que la lumière peut contribuer à créer des limites perceptives.

Dans la salle à manger, une suspension placée directement en relation avec la table crée une zone clairement identifiable. Sa géométrie établit un dialogue avec le mobilier et concentre visuellement l’espace de réunion.

Dans le salon, une approche moins centrée sur le plafond peut être préférable. Des points lumineux plus discrets, une lumière placée plus près de l’utilisateur ou un éclairage dirigé vers certaines surfaces permettent de réduire la sensation d’uniformité et de définir la zone de détente sans interrompre la continuité physique de la pièce.

La cuisine nécessite une autre approche. Les surfaces de travail doivent être correctement éclairées pour préparer et manipuler les aliments, mais dans une cuisine ouverte cette lumière reste également visible depuis le salon. La position des projecteurs, leur orientation et la visibilité de la source doivent donc être étudiées en tenant compte des deux situations.

L’objectif est de créer des différences sans transformer chaque zone en une scène isolée. Les variations peuvent venir de la hauteur, de l’orientation de la lumière, de son intensité, de l’échelle du luminaire ou de sa présence matérielle, sans modifier tous ces paramètres en même temps.

Choisir quel luminaire doit devenir le protagoniste

Lorsque plusieurs luminaires sont visibles simultanément, ils n’ont pas tous besoin d’attirer le même niveau d’attention.

Il est préférable d’établir une hiérarchie. La pièce principale peut correspondre à l’élément qui organise le projet : une table de salle à manger, un grand îlot de cuisine ou l’axe principal de l’espace. Les autres luminaires peuvent l’accompagner avec une présence formelle plus discrète.

Gravity, conçue par QART Studio pour Insolit, illustre la manière dont une géométrie linéaire peut établir une relation directe avec une table ou un îlot. Son profil tubulaire intègre des projecteurs focaux permettant de combiner une présence visuelle minimale avec un éclairage direct et précis. La version la plus adaptée doit toujours être déterminée en fonction de l’échelle et des besoins spécifiques du projet.

Une autre stratégie consiste à faire de la matière éclairée le centre de la composition. Glass, conçue par Josep Lluís Xuclà, utilise un tube en verre cannelé qui crée une présence plus diffuse qu’un luminaire principalement basé sur une lumière focale.

Le choix entre une pièce linéaire, un élément en verre diffusant ou une autre typologie doit partir de l’intention spatiale. L’objectif n’est pas de placer la lampe la plus spectaculaire, mais de décider quel élément mérite d’établir la hiérarchie visuelle de l’ensemble.

Lineal pendant lamp Insolit QART Studio

Combiner différents luminaires selon un critère commun

La cohérence ne signifie pas nécessairement répéter la même famille de luminaires dans toute l’habitation.

Deux luminaires différents peuvent fonctionner ensemble s’ils partagent un principe identifiable : les proportions, le langage géométrique, la finition, la température de couleur ou le niveau de présence visuelle. À l’inverse, deux modèles d’une même collection peuvent devenir redondants s’ils cherchent tous les deux à occuper le premier plan.

Une stratégie possible consiste à réserver un luminaire décoratif ou sculptural à la salle à manger et à résoudre l’éclairage de la cuisine avec un système visuellement plus discret. Le Stick Track System 48V, par exemple, combine des projecteurs Stick et des modules linéaires dans un système de rail basse tension. Cette modularité permet d’ajuster la position des éléments lumineux sans ajouter une seconde grande suspension dans le même champ visuel.

La finition peut également servir de fil conducteur. Répéter du noir, du blanc ou une finition métallique à certains endroits permet de relier des luminaires aux formes différentes. Il n’est toutefois pas nécessaire que tout soit identique. Si l’architecture intérieure cherche à mettre en valeur un matériau particulier, le contraste peut être volontaire.

Il en va de même pour la température de couleur. Lorsque deux sources sont visibles simultanément sur des surfaces similaires, une différence chromatique involontaire peut rompre la continuité visuelle. Il est donc important de vérifier les options disponibles pour chaque modèle et chaque version avant de finaliser la prescription.

48v track system spotlight Insolit

Prendre en compte le confort visuel entre les différentes zones

Dans un intérieur compartimenté, une source lumineuse peut disparaître du champ de vision lorsqu’on quitte une pièce. Dans un espace ouvert, elle reste visible depuis beaucoup plus de positions.

Il faut donc évaluer le luminaire non seulement depuis la zone qu’il éclaire, mais aussi depuis les endroits où il sera observé.

Un projecteur orienté vers un plan de travail peut parfaitement remplir sa fonction depuis la cuisine tout en devenant gênant depuis un canapé placé dans l’axe de son faisceau. Une suspension peut être installée à la bonne hauteur par rapport à la table mais interrompre une perspective importante depuis l’entrée. Les surfaces brillantes d’une cuisine peuvent également produire des reflets qui ne sont pas forcément visibles sur un plan.

Avec des luminaires directionnels, l’optique et la maîtrise de l’éblouissement font partie intégrante de la décision. La collection Stick propose différentes configurations permettant d’adapter l’émission lumineuse aux besoins du projet.

Ces conditions doivent être vérifiées depuis des positions réelles : assis sur le canapé, en travaillant sur l’îlot, en entrant dans le logement ou en circulant entre la cuisine et la salle à manger. Concevoir l’éclairage depuis ces points de vue permet d’anticiper des situations qu’un plan seul ne révèle pas.

design projector spotlight

Concevoir l’éclairage d’un salon-salle à manger avec cuisine ouverte : un exemple

Imaginons un logement dont l’entrée débouche directement sur un espace commun. La cuisine occupe un côté avec un îlot central, la table de salle à manger se situe entre celle-ci et le salon, tandis que le canapé ferme la composition à l’extrémité opposée.

La première décision pourrait consister à réserver le plus grand protagonisme visuel à la salle à manger. Un luminaire linéaire comme Gravity pourrait accompagner une table rectangulaire et définir clairement sa position dans l’espace. Avant de le sélectionner, il faudrait vérifier la longueur appropriée, la hauteur, le flux lumineux nécessaire et les perspectives depuis l’entrée, la cuisine et le canapé.

Dans la cuisine, nous éviterions d’introduire une seconde suspension ayant un poids visuel similaire. Un système de rail associant projecteurs et éléments linéaires pourrait accompagner la géométrie de l’îlot et fournir une base lumineuse plus technique et plus flexible. L’orientation des projecteurs serait déterminée en tenant compte à la fois de la surface de travail et de la manière dont la lumière est perçue depuis le salon.

La zone de détente pourrait recevoir un traitement plus contenu. Plutôt que de répéter le geste utilisé dans la salle à manger, on pourrait utiliser des sources placées plus bas ou un éclairage dirigé vers certaines surfaces afin de rendre le salon plus intime le soir.

Il faudrait ensuite étudier la scène dans son ensemble. Lorsque la cuisine est utilisée, les surfaces de travail peuvent nécessiter une intensité plus élevée. Pendant un dîner, la table peut devenir le centre visuel tandis que le salon reste plus doux. Lorsque l’activité se concentre autour du canapé, la salle à manger n’a plus besoin de jouer le rôle principal.

Il ne s’agit pas d’une recette universelle. L’intérêt de cet exercice consiste à attribuer une fonction et une hiérarchie à chaque source lumineuse avant de choisir les luminaires.

Un exemple réel : maison privée à Barcelone

Une maison privée à Barcelone conçue par QART Arquitectura développe une approche comparable. Le logement est organisé autour d’un meuble central et l’éclairage contribue à renforcer les parcours ainsi que les différentes manières d’habiter l’espace.

Le projet utilise un système DALI permettant de configurer différentes scènes en fonction des habitudes domestiques. Insolit a également fabriqué des luminaires spéciaux associant lumière linéaire, projecteur Stick et petits spots, alignés avec l’élément architectural central.

Ce projet montre comment l’éclairage, le mobilier et la circulation peuvent être conçus comme les différentes parties d’une même composition, plutôt que comme une succession de zones indépendantes.

Dans un autre projet résidentiel conçu par MAPAS Estudio en 2023, une Glass est installée au-dessus de l’îlot d’une cuisine contemporaine. Cet exemple montre comment une seule pièce peut donner une identité claire à une zone fonctionnelle sans multiplier les gestes décoratifs.

design table lamp

Ce qu’il faut vérifier avant de finaliser le choix des luminaires

Avant de valider la prescription d’un espace ouvert, il est utile de vérifier :

  • les perspectives depuis l’entrée, le canapé, la table, la cuisine et les principaux parcours;
  • la relation entre chaque luminaire et le mobilier, et pas uniquement avec le centre géométrique de la pièce;
  • quelle pièce doit devenir protagoniste et lesquelles doivent l’accompagner;
  • la cohérence entre les géométries, les finitions et les températures de couleur;
  • la visibilité directe des sources lumineuses et les éventuels reflets depuis les zones voisines;
  • les différentes scènes d’utilisation prévues pendant la journée et le soir;
  • les performances exactes, les possibilités de variation et les options d’adaptation de chaque modèle avant de finaliser la prescription.

La lumière, la distribution et les luminaires doivent parler le même langage

Concevoir l’éclairage d’un espace ouvert consiste à construire des relations. Entre une lampe et une table, entre une source lumineuse et la personne qui l’observe depuis le canapé, entre l’éclairage fonctionnel de la cuisine et l’atmosphère du salon.

Lorsque ces relations sont étudiées dès le début du projet, les luminaires cessent d’apparaître comme des objets indépendants et commencent à faire partie de l’architecture intérieure.

Si vous développez un projet et souhaitez sélectionner des luminaires de catalogue, étudier l’adaptation d’un modèle précis ou envisager une solution d’éclairage sur mesure, vous pouvez contacter Insolit afin d’étudier la solution la plus adaptée.

Si vous êtes encore en phase d’exploration des collections et des différentes typologies, vous pouvez également consulter le catalogue Insolit.

Questions fréquentes sur la conception de l’éclairage intérieur

Quels sont les différents types de conception d’éclairage ?

Lorsque les sources lumineuses sont classées selon leur fonction dans l’espace, on distingue généralement l’éclairage général, l’éclairage fonctionnel ou de travail, l’éclairage d’accentuation et l’éclairage décoratif.

Dans un projet réel, ces fonctions peuvent se superposer et un même luminaire peut remplir plusieurs rôles. Il est donc plus pertinent de les comprendre comme des couches complémentaires que comme des catégories totalement indépendantes.

Quelles sont les tendances actuelles en matière d’éclairage intérieur ?

Les tendances récentes montrent un intérêt croissant pour les matériaux, les luminaires à présence sculpturale, les systèmes modulaires et les solutions permettant d’adapter l’éclairage aux différents usages d’un même espace.

Pour un architecte d’intérieur, ces tendances deviennent réellement utiles lorsqu’elles sont considérées comme des outils de conception et non comme des règles esthétiques. Une pièce sculpturale a du sens lorsqu’un point précis doit devenir le centre de l’attention. La modularité est intéressante lorsqu’une distribution nécessite de la flexibilité. Le contrôle de l’éclairage est pertinent lorsqu’une même pièce change réellement de fonction au cours de la journée.

Comment éclairer un salon, une salle à manger et une cuisine ouverte sans que tout paraisse identique ?

Il est préférable d’attribuer une hiérarchie différente à chaque zone. La salle à manger peut recevoir une pièce identifiable, la cuisine un éclairage plus précis lié aux surfaces de travail et le salon des sources plus discrètes.

La continuité peut ensuite être maintenue grâce aux finitions, à la température de couleur, aux proportions ou à un langage géométrique commun.

Est-il préférable de répéter une même collection de luminaires ou d’en combiner plusieurs ?

Cela dépend du projet. Répéter une collection peut renforcer la continuité, mais ce n’est pas une condition indispensable pour obtenir un résultat cohérent.

Différentes familles peuvent fonctionner ensemble si chacune répond à une fonction particulière et si elles partagent un critère commun d’échelle, de matériau, de finition ou de présence visuelle.

Comment éviter que deux suspensions entrent en concurrence ?

La solution la plus simple consiste à établir une hiérarchie. Si une suspension possède une forte présence grâce à son échelle, sa forme ou son matériau, la seconde peut adopter une géométrie plus discrète ou être remplacée par un éclairage de plafond, sur rail, mural ou sur pied.

Il est également important de les étudier depuis les perspectives où elles seront visibles simultanément et pas uniquement depuis le dessous de chaque luminaire.

À quel moment faut-il choisir l’éclairage dans un projet d’architecture intérieure ?

Les principales décisions devraient être prises lorsque la distribution et le mobilier sont suffisamment définis, mais avant que les alimentations électriques, les faux plafonds et les systèmes de commande ne limitent les possibilités.

Dans un espace ouvert, déplacer une table ou un îlot de cuisine peut complètement modifier la position logique d’une suspension.

Image de Jordi Nubiola
Jordi Nubiola

16 septembre 2026

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